Claude Genova, dit le Gros, porte bien son surnom : 1m80 pour cent trois kilos de muscles. Ajoutez à cela quelques grammes de chaînes en or et un papillon tatoué sur le sexe, et vous avez le Gros, né en 1951 en Tunisie et ayant grandit dans le 93.
Du Petit Receleur au Plus Gros Caïd de la Capitale
À Montreuil, dès ses quinze ans, il commence sa carrière dans le vol et le recèle, au milieu de la communauté gitane du quartier de la Boissière. À 24 ans, il commence son ascenssion dans le proxénétisme. Il enchaîne les condamnations pendant les années 70, pour faux et usage de faux, port d'arme illicite, faux monnayage... En parallèle, il propose ses services aux politiques. En 1975, il assure notamment la protection de Giscard d'Estaing aux élections.
À partir des années 80, Genova fait parler de lui à Nice, à Bastia, et bien sûr à Paris, où il marche entre autres avec Daniel le Polonais, qui a un temps fait route aux côtés des Zemmour avant de s?en séparer. Le proxénétisme, l'extorsion de fond, l'escroquerie et encore d'autres activités diverses lui rapportent gros. Genova n'est pas un tendre. On pourrait même le qualifier de sadique tant il lui est arrivé d'usé de barbarie. Comme la fois où il a mit la main sur un truand d'origine asiatique qui avait eu la mauvaise idée de "travailler" Titi d'Aubervilliers, un gros braqueur, avant de le tuer. Mais il se trouve que ce braqueur était l'un des meilleurs amis de Genova. Trois jours durant, l'asiatique sera sauvagement torturé par le Gros et ses amis, avant d'être abattu d'une balle dans le coeur. En Île-de-France, Claude Genova se hisse à la hauteur des grands voyous. Lorsqu'il est arrêter en 1985 pour proxénétisme aggravé (cette seule activité lui rapportait dans les 150 000 francs par mois),ll est le plus gros caïd de la capitale. On chuchote qu'il aurait pousser les derniers représentants du clan Zemmour, autrefois maîtres de Paris, vers la porte de sortie.
À sa libération, en 1988, le Gros n'a rien perdu de sa renomée. Mais délaissant le proxénétisme, moins porteur qu'auparavant, Genova se diversifie à nouveau. Dans le trafic de voitures volées notamment. Par ailleurs, le racket de voyous parisiens devient l'une de ses spécialités. Et ça n'est pas au goût de tout le monde. Il suffit qu'une équipe réussisse un beau coup pour que Genova et sa bande aillent réclamés leur part. Les récalcitrants sont travaillés à coup de perceuse dans les articulations. Les journées de Claude Genova sont très chargés, et il est encore une fois arrêté en 1989 pour un trafic de voitures volées portant sur 200 véhicules, puis condamné à cinq ans (plus une année pour avoir cogné le directeur). Depuis sa prison, il continue de diriger ses affaires et donne ses directives à ses lieutenants. Cela n'empêche pas l'équipe montante de Paris, composée essentiellement de gens de voyage et de maghrébins, menée par les frères Hornec, trois gitans de Montreuil, de reprendre petit à petit toutes ses affaires.
Montreuillois contre Montreuillois
En février 1994, le Gros bénificie d'une permission, et est décidé à stoper les Hornec. Il enlève un de leurs fidels, surnommée la Gelée. Celui-ci sera libéré peu de temps après contre une rançon. Il doit sa survie à son beau-frère, "la Puce", l'un des hommes du Gros chargé de l'enlèvement. Peu de temps après, Genova rentre en prison. Les frères Hornec décident alors de riposter et d'en finnir avec le clan Genova.
En mai, Éric Pasquet dit Petit Riquet, un proxénète de 32 ans, lieutenant de Genova, est décapité par une rafale de chevrotine. On le soupçonnait d'avoir descendu un membre de la bande des Hornec en 1993. Joël Guignon, chargé par le Gros d'espionner les frères gitans, est repéré puis éliminé le 12 juin à Nogent-sur-Marne. Dès le lendemain, le dénommé Pépé décide de se venger et descend deux frères gitans proches des Hornec. Le même jour Féfé le Brochet, ami de Genova, est abattu.
Le 20 aout, Claude Genova bénéficie d'une autre permission. Il est très prudent, portant un gilet pare-balles et roulant en voiture blindée. Mais malgré ces précautions, deux indépendants, des connaissances du Gros : Kadda H., dit Karim, et Jean-Dominique Poletti, poussés par les Hornec, vont lui régler son compte. Ils proposent au Gros de venir régler le différent qui oppose Pépé à la famille des deux gitans que ce dernier a abattu. Genova se rend au rendez-vous le 22 août. Avec Karim et Poletti, il attend les personnes en conflit. Pendant ce temps, des hommes à qui on a donné des instructions mettent tout en place pour que l'opération se passe comme prévu. Étant donné que personne ne vient, Genova rentre chez lui avec sa femme aux alentours de 21 heures. Une Volvo s'arrête en double file à leur hauteur. Le passager arrière, dont le visage est masqué, jaillit armé d'un fusil. Un premier coup atteint Genova à la hanche. Son corps pivote et tombe à terre. Le second coup de feu l'effleure. Le tireur s'approche alors, ajuste son tire et abat Genova en pleine tête à bout portant. Le tueur ramasse ses étuis vides et regagne la voiture et ses deux occupants, eux aussi cagoulés.
Mais même après la mort de Genova ses fidèle sont encore en action. Les derniers membres du clan ripostent en mai 95. Ils plastiquent, dans la nuit du 23 au 24, deux des cinq boîtes du clan Hornec (payées avec l'argent des braquages), à Evry et à Andilly. Quelques jours plus tard, rebelotte, mais sur un restaurant de Perreux. La dernière victime de cette guerre est Poletti, l'un des assassins de Genova, qui est assassiné le 3 aout 1995 à Boulogne. L'autre assassin de Genova, Karim, est lui partit pour l'Algérie. Il a d'ailleurs était condamné à trente ans de réclusion criminelle par contumace.
ARTICLE DE JÉRÔME PIERRAT SUR CLAUDE GENOVA